« C’est qui Enzo Bühne ? »

Et me voilà assailli à chaque fois du même doute : “Aurais-je dû plutôt appeler la compagnie, la Cie Vincent Fontannaz ? Plus clair pour tout le monde ? pour les subventionneurs et le public ? Un acte franc, sans masque, pragmatique.” Et puis à chaque fois je me redis (empreint encore d’un petit doute) : “Non, non je ne veux pas que cette compagnie se réduise à moi-même, même si j’aurais pu trouver un nom moins long pour Google…”.

Je répétais un spectacle bilingue à Bienne au printemps 2018 et voilà que je vois une voiture d’Enzo-Location garée devant une affiche des Journées photographiques de Bienne. Peut-être la fatigue a-t-elle joué un rôle ? Toujours est-il qu’un mix s’est opéré dans mon cerveau, j’ai appelé une personne test (de confiance) et sa réaction première a été de rire. Je me suis dit que c’était un bon point de départ pour une naissance…

« Et dans le fond ? »

Enfant, je voulais être clown au cirque Knie, je répétais avec ma sœur des spectacles que l’on présentait pour cinquante centimes l’entrée… Depuis que j’en ai fait mon métier, je sais que mes racines de comédien partent de là, dans la moquette grise de cette chambre, de ce plaisir du jeu et de l’excitation de le montrer. Les Soirées d’Enzo Bühne est pour moi l’occasion de recréer cette chambre et d’y inviter d’autres gens.

J’ai longtemps été obsédé par l’utilité du théâtre, d’en faire un outil de changement pour un monde meilleur. C’est ce qui a guidé mes pas en Amazonie. Et puis je me suis dit que ce n’était pas l’unique utilité du théâtre. Je le vois aujourd’hui comme un des ultimes lieux pour être sensibles ensemble. D’être humain. C’est dans cet axe que s’inscrit la compagnie en plein capitalocène*. Faire face, debout, à la crise écologique. Nourrir le coeur et l’âme.

Je ne revendique pas une esthétique particulière. Ce sont plutôt le contenu du projet et l’équipe artistique qui détermineront la forme finale. Et cela me plaît énormément. Faire circuler les flux créatifs. Trouver le bon tempo du projet afin qu’il puisse se déployer vraiment. Je revendique la lenteur, le temps long. Il ne s’agit pas juste d’une lubbie new-age, mais véritablement d’un projet politique. Comment faire ensemble ? Comment faire ensemble dans le respect, des un.e.s et des autres et surtout du public. Penser à lui, toujours.

Vincent Fontannaz, décembre 2019

*Par opposition à la notion d’anthropocène, trop générale; des pays et des peuples ne participant pas à la destruction en cours…

 

La compagnie est signataire de la charte des acteurs culturels pour le climat.

« C’est qui Vincent Fontannaz ? »

© David Gagnebin-de Bons

Vincent Fontannaz (1979) s’est formé à l’Université de Lausanne (histoire de l’art, histoire et cinéma), puis au Conservatoire de Lausanne (SPAD), d’où il sort diplômé en 2004. Depuis, il travaille en tant qu’interprète dans plus d’une trentaine de spectacles en Suisse, en France et en Allemagne. Il touche à une multitude de formes et d’esthétiques, du travail de texte à l’improvisation en passant par la création de plateau.

Récemment, il a joué dans dans Le Royaume d’après Lars Von Trier (m.e.s Oscar Gomez Mata) à La Comédie de Genève et au théâtre de Vidy-Lausanne (2019) et dans Kvetch de Steven Berkoff au Théâtre du Passage-Neuchâtel (2019). Il jouera en octobre 2020 dans la nouvelle création de Christiane Jathay à La Comédie de Genève.

En parallèle à son travail d’interprète, il développe un théâtre d’engagement écologique au Brésil et en Suisse. En 2006 et 2008, il crée deux spectacles dans le sud de l’Amazonie, y réalise de multiples activités de sensibilisation à l’environnement avec la population locale. Il poursuit ce travail en créant avec un géographe un spectacle sur l’eau, joué à Genève et Paris. Il réalise aussi trois performances sur les terrains vagues dans le cadre d’une balade à vélo proposée par Lausanne Architectures. En 2018, il met sur pied avec une guide de montagne une balade littéraire sur Friedrich Dürrenmatt pour le Parc Chasseral. Il développe un travail d’écriture dans le cadre d’un mentorat littéraire avec l’Institut littéraire de Bienne en 2017 et termine avec succès le CAS en dramaturgie et performance du texte, UNIL-La Manufacture (2018).